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Valeur et distance. Identité et société en Egypte

Valeur et distance. Identité et société en Egypte

Décobert Christian (dir.)

Collection L'atelier méditerranéen, Maisonneuve & Larose-MMSH, 2000, 361 pages, 27,50 €, ISBN - 2-7068-1433-0.

 

Des historiens, des sociologues et des anthropologues se sont réunis autour de la question des constructions identitaires collectives, et ils ont pris l'Egypte comme champ d'investigation. Non pas que l'Egypte fut un terrain d'exception, différent des autres, mais parce qu'il était commun et aussi parce la documentation, quelle que soit sa nature (historiographique, archéologique, ethnographique) y est d'une grande richesse.

Dans ce « lieu clos », ils ont choisi la longue durée et se sont autant penchés sur l'Egypte des Ptolémées que sur celle du christianisme naissant, celle des Fatimides, ou celle des mutations contemporaines. Ils se sont intéressés à toutes sortes de groupes, et pas nécessairement à ce que l'on appelle habituellement les communautés, quels que soient donc leur statut et leur origine, et quelle que puisse être leur importance (groupe très minoritaire, ou massif, ou discret).

Un premier constat a été que les définitions de statut des groupes considérés est bien difficile à cerner. L'identité des Grecs d'Egypte à l'époque ptolémaïque était-elle fondée sur la langue, l'origine, la religion ? Comment les mamelouks du XIVe siècle se reconnaissaient-ils ? Les juifs caraïtes, au Caire au début du XXe siècle, n'étaient-ils qu'une fraction de la communauté juive ? Les notions démarcatives couramment avancées (groupe linguistique, communauté religieuse, société d'origine) sont largement inopérantes. De plus, il a été montré que les traits choisis par les acteurs sociaux pour marquer leur identité (comme appartenant à un groupe) et celle des autres (comme appartenant à un autre groupe) sont extrêmement instables, et que les frontières édifiées entre les « assemblages » se déplacent constamment. En revanche, et ce deuxième constat n'est pas en contradiction avec ce qui précède, les contributions à cet ouvrage mettent en évidence la tentation constante, chez les acteurs sociaux, de réifier les traits identitaires (des autres et de soi), de façon telle que ceux-ci sont représentés comme étant des propriétés stables, intrinsèques, non négociables. Cette « essentialisation » des formations sociales pèse sur les relations qu'elles peuvent, et doivent, entretenir.

Sommaire

Introduction, C. Décobert, formes et substances des construits identitaires. I – Les figures de l'autre : K. Goudriaan, Les signes de l'identité ethnique en Egypte ptolémaïque ; E. Wipszycka, Les communautés monastiques dans l'Egypte byzantine ; M. Martin, Chrétiens et musulmans à la fin du XIIe siècle ; B. Lellouch, Une communauté face à ses origines : les turcs ottomans en Egypte au XVIe siècle ; G. Veinstein, Les Ottomans. Variations sur une identité ; B. Flusin, Sainte-Catherine au péril du désert. A propos de la « Pieuse description de la Sainte Montagne du Sinaï ». II – Les propriétés du communautaire : J.-M. Mouton, signes de reconnaissance et signes de distinction chez les ulémas égyptiens de l'époque ayyoubide ; S. Björnesjö, toponymie et processus identitaire dans l'Egypte arabe ; M. Chapoutot-Remadi, Liens propres et identités séparées chez les Mamelouks bahrides ; J.-C. Garcin et M. A. Taher, Identité du dédicataire, appartenances et propriétés urbaines dans un waqf du XVe siècle ; G. Krämer, Les juifs d'Egypte : communauté une et divisible. III – La forme et la substance : J.-F. Faü, les caraïtes d'Egypte : définition des schémas communautaires ; J. Den Hejjer, La conquête arabe vue par les historiens coptes ; C. Décobert, Un lieu de mémoire religieuse ; P. Sanders, Les Fatimides sont-ils devenus égyptiens ? Culture et identité dans Le Caire médiéval ; F. Abécassis, entre logiques d'Etat et logiques communautaires. A propos de quelques affaires de conversion en Egypte vers 1930 ; J.-N. Ferrié, qu'est-ce qu'un copte selon des musulmans ? Construction de la frontière et typification de soi ; F. Ireton, Les quatre religions d'incertitude d'un construit identitaire collectif à référence territoriale : l'exemple des Sa'idis.