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Figures du pouvoir (2009-2011)

​Programmes archivés​ | 2009-2011

Figures du pouvoir

Responsables : Catherine ATLAN (CEMAF), Sylvain BROCQUET (CPAF)

Il s'agit dans ce programme d'étudier les diverses figures que revêt l'autorité politique dans plusieurs sociétés. Ces figures peuvent être l'expression d'elle-même que produit cette autorité, comme elles peuvent consister dans les représentations qu'en offrent ses témoins, soumis ou non à elle. Le terme de « figure » souligne l'ouverture pluridisciplinaire de l'enquête : il recouvre aussi bien une dimension rhétorique – le discours du pouvoir, par lequel il se nomme, se constitue, se légitime et se pérennise – qu'iconographique, rituelle, juridique, voire architecturale et urbanistique. Il convoque la philologie, l'iconologie, l'histoire, l'anthropologie, le droit. Naturellement, l'articulation de ces diverses formes d'expression ou de représentation doit constituer, in fine, une problématique essentielle.

Ce sujet d'étude n'est pas transversal uniquement par son aspect pluridisciplinaire : il se veut également comparatif. Il s'intéressera aux mondes antiques « méditerranéens » (l'Egypte, la Grèce, Rome, Byzance, le monde judaïque, etc.) ou orientaux (l'Inde, l'Iran, la Mésopotamie), ainsi qu'à des mondes contemporains (l'Afrique). Sa vocation est de fédérer un éventail relativement large, afin de favoriser des confrontations fécondes, en diachronie et en synchronie. L'objectif de la comparaison sera double : tout d'abord, dégager d'éventuels universaux, ou à tout le moins des récurrences ou des constantes, établir une typologie des « figures » rencontrées, et des modes par lesquels s'articulent et se complètent les différents types de figure. D'autre part, étudier la façon dont ces figures du pouvoir se transforment et se redéfinissent lorsque l'histoire fait se rencontrer les cultures qui les produisent.

Le projet s'articule autour de la notion de « figure du pouvoir » : on appellera ainsi toute séquence de signes qui a pour fonction de dire, d'exprimer, de construire symboliquement le pouvoir, quelle que soit par ailleurs la nature politique de celui-ci. Une telle séquence peut être linguistique, iconique, gestuelle, etc., appelant autant d'approches différentes (rhétorique, iconographique, etc.), qui convoqueront plusieurs disciplines. L'essentiel est que chacune des séquences sur lesquelles portera l'étude soit immédiatement reconnaissable dans son contexte culturel. L'articulation des différents types de figures à l'œuvre au sein d'une même culture constituera un aspect essentiel de l'étude : par exemple, comment interagissent images et panégyriques des hommes au pouvoir ? Quel rôle jouent images et textes dans la mise en scène rituelle du pouvoir ? Comment s'articulent les différents signes du pouvoir, termes qui le nomment, marques extérieures, insignes, symboles ?

L'objectif de la recherche consiste dans une comparaison systématique des figures du pouvoir produites par différentes cultures. La perspective sera double : on s'attachera tout d'abord à dégager d'éventuels invariants, des récurrences susceptibles d'être repérées comme intrinsèquement liées à l'expression du pouvoir et à sa construction symbolique, dans leur dimension descriptive et pragmatique. La recherche de tels invariants s'effectuera non seulement à propos de chaque sorte de figure envisagée séparément, mais aussi à propos des modes selon lesquels s'articulent les différents types de figure : par exemple, peut-on observer, d'une culture à l'autre, des récurrences dans l'interaction du texte et de l'image ? On s'intéressera d'autre part aux contacts entre les cultures et aux phénomènes d'acculturation que ces contacts suscitent : nombreuses sont en effet les rencontres historiques entre les civilisations qui seront examinées dans le cadre de ce projet, comme celle de l'Egypte avec la Grèce puis Rome, celle de la Grèce avec l'Inde, de la Grèce hellénistique avec Rome, de la Gaule avec la même Rome, celle de l'Europe avec l'Afrique, etc.

La comparaison se déploiera selon deux axes, diachronique et synchronique. L'observation des figures du pouvoir élaborées par des cultures appartenant à une même période historique permettra d'observer d'éventuelles convergences, qui constitueront autant d'indices soit du caractère acculturé de ces figures, soit de leur dimension universelle Par ailleurs, le témoignage de cultures contemporaines, perçu à travers des enquêtes de terrain, et celui des cultures anciennes, recueilli dans les documents textuels, iconographiques et archéologiques, seront mis en relation, dans l'espoir d'un éclairage réciproque.

Il conviendra de montrer la plus grande prudence méthodologique dans la construction des hypothèses : comme toute approche qui se veut comparative, cette enquête entraîne le risque, à chaque étape, d'interpréter les données de chacune des cultures étudiées à la lumière des faits observés ailleurs et des a priori que cette observation fera naître. Il faudra donc « isoler » chaque étude et procéder à des descriptions autonomes, pour ensuite seulement tenter une confrontation. Cette précaution s'appliquera non seulement aux diverses cultures, mais aussi aux diverses disciplines dont ce projet tente d'organiser la rencontre. La mise en place de ce dernier et le calendrier des confrontations auront pour but de circonscrire soigneusement la démarche : aucune synthèse ne pourra être tentée avant que ne soit conduites à leur terme les descriptions sur lesquelles elle devra porter. C'est dans ce cadre qu'un projet pluridisciplinaire et comparatif comme celui-ci prendra sens et aura chance de se révéler fécond.

Manifestations scientifiques :

  • 3 journées d'étude thématiques par an (6 au total), centrées sur un aspect de la problématique générale (par exemple : « fonction politique et rhétorique des généalogies », « construction des symboles du pouvoir », « nommer le pouvoir », « éloge et propagande », etc.) réuniront les chercheurs engagés dans le projet, ainsi que des chercheurs appartenant à d'autres laboratoires et y collaborant. Ces journées seront des journées de confrontation et de synthèse des travaux des chercheurs et des équipes engagés dans le programme, avec la participation de chercheurs extérieurs, spécialistes de la question abordée lors de chacune de ces journées. Les résultats seront mis en ligne sur le site des laboratoires partenaires (CPAF, CEMAF).
    La première de ces journées a eu lieu le 16 mai 2009 : « fonction politique et rhétorique des généalogies » (résumé de quelques communications ci-après). Y ont été explorés les domaines grec, romain et indien. Ce même thème fera l'objet d'une seconde table ronde, les 13 et 14 novembre 2009, au cours de laquelle on évoquera en particulier l'Afrique et l'Egypte Ancienne.

  • Au terme des deux années : un colloque international dressera le bilan des travaux effectués et dégagera les acquis des approches diverses des figures du pouvoir dans les cultures étudiées. Il établira des perspectives d'approfondissement.

Ce programme associe les laboratoires de la MMSH :

  •  CEMAF : Centre d'Étude des Mondes Africains, UMR 8171 (CNRS - Université de Provence - École Pratique des Hautes Études - Université de Paris I)

  • CPAF : Centre Paul-Albert Février, UMR 6125 (Université de Provence – CNRS) 

 

Références bibliographiques des membres du projet relatives à ce dernier

Catherine Atlan :

  • 2006 « Senghor député : l'apprentissage de la politique », p. 71-81 in Léopold  Sédar Senghor, la pensée et l'action politiques, actes du colloque du 26 juin 2006 (Paris), Documents d'information de l'Assemblée Nationale

  • 2005 « Les archives sonores, les sources radiophoniques et l'histoire politique de l'Afrique contemporaine », Afrique et Histoire, n°3, 1er semestre 2005, p. 165-180.

  • 2003  « De la gestion à l'arbitrage : l'administration coloniale du Sénégal face aux premières élections libres de l'après-guerre », Outre-Mers, t. 90, n°338-339, p. 133-152.

Sydney Aufrère :

  • « Les traductions de Manéthôn commanditées par Ptolémée II Philadelphe », dans Actes du Séminaire « Transmission des textes religieux dans le monde méditerranéen jusqu'au premier millénaire », in B. Bakhouche et P. Lemoigne (éd.), « Dieu parle la langue des hommes ». Études sur la transmission des textes religieux (Ier millénaire), Histoire du Texte biblique 8, Lausanne, 2005, p. 13-49.

  • « Manéthôn ou l'histoire travestie. La « Guerre des impurs » — Osarseph, les lépreux et les Hyksôs », in J.-M. Marconot (éd.), La Bible et la Guerre, la non-violence, 16-17 mars, Lyon, 2007, Recherche biblique interdisciplinaire, à paraître.

  • « Manéthôn de Sebennytos, médiateur de la culture sacerdotale du Livre sacré : vers de nouveaux axes de recherche », in B. LEGRAS (éd.), Transferts culturels et droits dans le monde grec et hellénistique. IIèmes Rencontres internationales sur les transferts culturels dans l'Antiquité méditerranéenne, Reims, 14-17 mai 2008, à paraître aux Presses de la Sorbonne.

Jacky Bouju :

  • 2000, « Clientélisme, corruption et gouvernance locale à Mopti (Mali) », Autrepart, "Logiques identitaires, logiques territoriales ", N° 14 : 143-163.

  • 1998, « Tutelle clientéliste, despotisme et patrimonialisme : quelques figures de la chefferie dans les traditions orales dogons » in Jacky Bouju (éd.) « Les Dogons, le pouvoir et la chefferie », Clio en @frique, 5, automne-hiver 1998 [http://www.up.univ-mrs.fr/wclio-af/numero/5/thematique/bouju/index/html ]

  • 1996, « Tradition et identité. La tradition dogon entre traditionalisme rural et néo-traditionalisme urbain »,  Enquête, n° spécial Les usages de la tradition,  n°2 : 95-117.

Sylvain Brocquet :

  • Les inscriptions sanskrites des Pallava : poésie, rituel, idéologie. thèse pour le doctorat, Presses du Septentrion, Université de Lille, 1997 (2 vols).

  • « Norme et normalisation : un discours épigraphique ? », in La norme et son application dans le monde indien. Actes du colloque international organisé par l'UPRES-A 7019, Université de Paris III-C.N.R.S., Paris, 28-29 Janvier 1999, Ecole Française d'Extrême-Orient, Paris 2000, pp. 89-106.

  • « Une épopée épigraphique », in Bulletin d'Etudes Indiennes N°22 (2007), pp. 73-103.

Emmanuèle Caire :

  • (a) Guerre et diplomatie romaines, IVe-IIe siècles av. J.-C. Pour un réexamen des sources (E. Caire et S. Pittia éds.), Publications de l'Université de Provence, Aix-en-Provence, 2006.

  • (b) « Variation constitutionnelle chez Thucydide » dans Les fondements de la tradition classique. Études réunies en hommage à Didier Pralon (sous presses aux Publications de l'Université de Provence, 2009).

  • (c) Penser l'oligarchie à Athènes aux Ve et IVe siècles. Aspects d'une idéologie. Inédit scientifique d'HDR, décembre 2008. A paraître.

Gilles Holder :

  • 2006  « Entre cité-Etat et cité musulmane. La commune imaginée à Djenné à l'heure de la décentralisation malienne », p. 279-301 in C. Fay, Y. F. Kone et C. Quiminal (dir.), Décentralisation et pouvoirs en Afrique. En contrepoint, modèles territoriaux français, Paris, IRD Editions.

  • 2004  « La cité comme statut politique. Places publiques, pratiques d'assemblées et citoyenneté au Mali » p. 54-95 in G. Holder et A.-M Peatrik (dir.), Cité-Etat et statut politique de la ville en Afrique et ailleurs, Journal des Africanistes, 74 (1-2).

  • 2004  « De la ruse à l'Etat. Ce qu'usurper le pouvoir signifie chez les Saman du pays dogon », p. 167-175 in S. Latouche (dir.), Les raisons de la ruse. une perspective anthropologique et psychanalytique, Paris, La Découverte / M.A.U.S.S.

Emmanuelle Rosso :

  • L'image de l'empereur en Gaule romaine : portraits et inscriptions, Paris, CTHS, 2006.

  • « Culte impérial et image dynastique : les diui et diuae de la Gens Flauia », in T. Nogales – J. Gonzalez (eds), El culto imperial : politica y poder, actes du colloque de Mérida (15-18 mai 2006),Rome, 2007, p. 125-152.

  • « Les hommages rendus aux Caesares dans les provinces gauloises et alpines », Actes du colloque de Nîmes : L'expression du pouvoir à l'époque augustéenne (Nîmes, 20-22 octobre 2005), Arles, 2009, p. 97-110.

Bruno Martinelli :

  • 2009 « La sorcellerie au tribunal » in B. Martinelli & J. Bouju, Sorcellerie et violence en Afrique, Paris, Karthala (à paraître)

  • 2008 « Sémantiques et liturgies de pardon dans la reconstruction du lien social et politique en Afrique », Réseau des chercheurs sur la paix et l'État de droit (Ouvrage collectif, publication en cours)

  • 1998 Les marges d'incertitude de l'autorité - Approche comparative chez les Moose et les Peul du Burkina Faso, quatrième séminaire thématique IRSEA/CERPP, 18/3/1998.  Doc. Multigr. 18 pages.

Ghislaine Stouder :

  • « Un outrage diplomatique, l'ambassade romaine à Tarente en 282 av. J.-C. », Actes des journées d'études de Poitiers (4-5 janvier 2006), à paraître aux Presses universitaires de Rennes, collection Histoire.

  • « Le droit des ambassadeurs : particularismes romains et universalité des pratiques », Actes du Congrès international : « Transferts culturels et droits dans le monde grec et hellénistique », (14-17 mai 2008 à Reims), à paraître en 2009 aux Publications de la Sorbonne.

  • « Le rôle de Fabricius dans les négociations avec Pyrrhus et l'émergence de la figure de l'ambassadeur à Rome », Pallas, 79, 2009, p. 185-201.

Stéphanie Wyler :

  • « Réhabilitation de Liber : ambiguïtés de la condamnation des images dionysiaques, de 'l'affaire' des Bacchanales à Actium », dans S. Benoist, A. Daguet-Gagey (éd.), Un discours en images de la condamnation de mémoire, Metz, CRULH 34, 2008, p. 229-244

  • « Programmi dionisiaci nelle case pompeiane come riflesso della società », Ostraka, 15, 2, 2006, p. 169-177

  • « A la barbe de Dionysos : les valeurs d'une image 'archaïsante' à Rome », Ktèma, 31, 2006, p. 189-201.

Généalogie, II

Table ronde de l'équipe transversale « Figures du pouvoir », CPAF – CEMAF, MMSH, Samedi 14 novembre 2009.

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Fonction politique et rhétorique des généalogies

Résumé de quelques communications présentées au séminaire du 16 mai 2009.

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