Maison méditerranéenne des sciences de l'homme
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Genre et sexualité au prisme des religions en Méditerranée (2013-2014)

​Séminaires archivés​ | 2013-2014

Genre et sexualité au prisme des religions en Méditerranée

​Responsables scientifiques :
L. Anteby-Yemini (CNRS, IDEMEC), F. Bergeaud-Blackler (CNRS, IREMAM), K. Boissevain (CNRS, IDEMEC) et Stéphanie Latte-Abdallah (CNRS, IREMAM)

 Mots-clefs : genre - sexualité - religions - Méditerranée

Le séminaire porte sur la question du masculin et du féminin dans les monothéismes en Méditerranée (islam, christianisme, judaïsme) ainsi que sur les constructions des genres dans ces religions.

La recherche anthropologique, la sociologie et l'histoire ont permis de mettre en lumière la dimension construite des catégories de genres, des notions de féminin et de masculin, et de leurs relations nécessaires. Le constructivisme des études féministes a ainsi permis de mettre en évidence à la fois la diversité et la variété, le caractère évolutif des configurations des rapports de genre, et surtout leur centralité dans l'organisation sociale, économique et politique des sociétés. Quelle est la place de la religion vécue dans la définition et l'organisation des rapports de genre ? A priori, parce qu'elle est relativement explicite à ce sujet, la religion est souvent considérée comme une source normative dominante de l'organisation des rapports de genre et de la sexualité. Pourtant les études méditerranéennes (à la suite de G. Tillion) ont montré que, par exemple, le modèle endogame n'était pas tant attribuable à telle religion (l'islam) qu'à des conditions historiques spécifiques de l'aire méditerranéenne : ainsi les sociétés traditionnelles juives chrétiennes et musulmanes en Méditerranée partageaient un certain nombre de points communs relevant de l'organisation genrée des structures sociales productives et reproductives.

Ce séminaire rassemble des contributions d'auteurs, d'anthropologues et de sociologues, ayant enquêté dans l'espace méditerranéen sur la recomposition des normes de genre dans les sociétés méditerranées. Il met tout particulièrement l'accent sur les normes et conduites sexuelles. Le religieux ayant dans la normalisation de la sexualité une place toute particulière, c'est par ce prisme du judaïsme, du christianisme et de l'islam, que nous appréhendons ces normes en mettant en évidence la façon dont les conduites sont référées à la religion sans nécessairement en procéder, et comment ces références contribuent en retour à réformer, reformuler, réactualiser, parfois revivifier le religieux. Ainsi, nous verrons que les structures religieuses, l'autorité, les pratiques et discours religieux ressortent profondément « ébranlés » par la redéfinition de la place des hommes et des femmes, du féminin et du masculin, qu'imposent les mutations profondes de nos sociétés.

Le genre, la sexualité et plus généralement le corps dans sa dimension à la fois intime et sociale, tiennent une place essentielle dans ce séminaire. Différents thèmes y sont développés, à commencer par la construction du masculin et du féminin dans les religions de la Méditerranée et les questions de matrilinéarité ou de patrilinéarité et d'identité religieuse qui y sont liées ; ou encore l'homosexualité, les masculinités ou les genres alternatifs ou queer qui sont discutés aujourd'hui au sein de ces traditions religieuses. La sexualité soulève aussi des questions concernant la pureté et l'impureté, le licite et l'illicite, la procréation, la contraception, la stérilité, et les techniques de procréation médicalement assistée, ou encore l'adoption. La sexualité est également liée à de nouvelles formes d'alliances, comme en islam, où la pratique des types d'unions acceptées dans la tradition apparaissent comme une manière d'assouplir la règle matrimoniale pour l'adapter aux réalités du vécu et un moyen de vivre sa sexualité dans un environnement sourcilleux quant à la question du licite et de l'illicite. Le champ de la sexualité s'ouvre aussi comme un nouvel espace à réinterpréter à la lumière de la religion. Quels sont les formes et les enjeux de ces réappropriations religieuses des discours lorsqu'ils portent sur la sexualité ? Dans quelle mesure sont-ils inspirés et portés par les débats publics sur la redéfinition des normes sexuelles, matrimoniales, de filiation ? Bref comment fabrique-t-on une sexualité « musulmane », « juive » ou « chrétienne » aujourd'hui en Europe dans le 21ème siècle naissant ? Enfin, la place occupée par les femmes et les hommes dans le processus de conversion et les frontières symboliques qu'ils ou elles construisent sont étudiées, en essayant d'analyser la façon dont les conversions permettent de redéfinir de nouvelles féminités et masculinités.

Le séminaire se veut également interdisciplinaire en examinant les différentes approches en histoire, sociologie des religions, anthropologie et sciences politiques concernant le genre et la sexualité et leur lien avec la religion, en s'attachant aussi bien aux textes sacrés et à leurs interprétations qu'aux pratiques quotidiennes et aux rituels religieux. Par ailleurs, nous souhaitons développer la dimension comparative et inter-religieuse, en essayant de cerner les similarités et les divergences dans les manières de construire, de déconstruire, de négocier et de réinterpréter les relations de genre dans les religions méditerranéennes aujourd'hui.

​Calendrier des séminaires

Lieu : Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, Aix-en-Provence

17 octobre 2013 : Fatiha Kaouès (Post-doc Labex-Med, IDEMEC) « Le développement évangélique au Moyen Orient (Egypte, Liban) au prisme du genre »

Les missions évangéliques ont pris pied au Moyen Orient au XIXe siècle. Depuis l’origine, le terrain des missions protestantes en terres d’islam est monopolisé par les agences missionnaires américaines. Partis de Boston, aux Etats-Unis, les presbytériens se sont installés au Liban (alors intégré à la Syrie ottomane) en 1819 et en 1854, leurs coreligionnaires congrégationalistes se sont focalisés sur l’Egypte Le cas des femmes était et demeure au cœur de la rhétorique missionnaire. Celle-ci a cependant connu des évolutions notables à mesure que les Eglises protestantes se normalisaient. En effet, la première Eglise arabophone autochtone a vu le jour à Beyrouth en 1848.  Plus d’un siècle et demi plus tard, le protestantisme est pleinement intégré dans le paysage religieux local. A partir d’un terrain effectué dans le cadre d’une thèse, de 2010 à 2012, en Egypte et au Liban, Fatiha Kaouès se propose d’analyser le développement évangélique dans ces pays en se focalisant sur le cas des femmes. La femme comme objet de discours et actrice de ce renouveau est en effet au cœur des enjeux que soulève le développement protestant évangélique dans la région.

14 novembre 2013 : Eléonore Armanet (CNRS, IDEMEC, AMU) « Un "religieux au féminin" : corps maternel et sacré en monde druze »

Centré sur la communauté druze d'Israël, l'exposé mettra en évidence ce qui relève d’une poétique radicale : le lien du corps – et singulièrement du corps maternel – au sacré. Dans la mise à l'abri du corps féminin, dans les soins d'emmaillotement et le "savoir-taire" dispensés autour de leur Livre saint, les Druzes assimilent l'un à l'autre la religion du groupe et le corps de la femme. A l'échelle du collectif entier se voit alors tissé "un religieux au féminin", coutumier et en grande partie gardé par les mères.

12 décembre 2013 Séance au MUCEM dans le cadre de l’exposition « Au bazar du genre »

(Intervenantes : L. Anteby-Yemini, K. Boissevain) : "Femmes et fonctions religieuses : défier les limites du genre"

Katia Boissevain (CNRS-Idemec-AMU) "Sainteté féminine en islam : les jeux de genre"

Lisa Anteby-Yemini (CNRS-Idemec-AMU) "Le défi des femmes rabbins dans le judaïsme orthodoxe"

9 janv. Alix Philippon (IEP – Aix-en-Provence et IREMAM) « Amour et sexualité dans un ordre soufi en Occident » [séance annulée]

 

13 fév. Lucie Veyretout (Docteure en Droit Université de Strasbourg) "Rencontre entre droits des femmes et religions : le cas des fonctions cultuelles"