LABEXMED : CONFERENCES & DEBATS
GIOVANNA FIUME
Professeure à l’Université de Palerme
Esclavages méditerranéens à l’époque moderne
MMSH, 15, 20 et 22 février 2012
Mercredi 15 février, de 17h à 19h, en salle 101
L’esclavage en Méditerranée à l’époque moderne
L’esclavage dans la zone occidentale de la Méditerranée a deux origines : la traite africaine qui offre aux marchés européens une partie des esclaves normalement destinés au Nouveau Monde ; la guerre de course qui produit des captifs, vendus comme esclaves dans les ports. La présence de prisonniers de guerre et d’esclaves, publics et privés, confère à l’esclavage méditerranéen des caractéristiques propres qui le distinguent de l’esclavage atlantique : la réciprocité ; le fait d’être temporaire et de toucher une même personne plusieurs fois, d’où le rachat ou l’échange d’esclaves. L’étude de la condition des esclaves chrétiens en Barbarie s’appuiera sur une sélection de lettres – conservées dans le fonds « Deputazione per la redenzione dei captivi » des Archives d’Etat de Palerme – de captifs siciliens détenus à Tunis, à Bizerte et à Alger entre le XVIe et le XVIIe siècle.
Lundi 20 février, de 15h à 17h, en salle Duby
« Je me fais turc… »
Un autre caractère important de l’esclavage méditerranéen concerne l’abjuration religieuse et l’adhésion consécutive à l’Islam de nombre d’esclaves chrétiens. Il arrive que les convertis (ceux qui « prennent le turban »), souvent dédiés aux métiers de la mer et de la course, deviennent eux-mêmes, dans un deuxième temps, des captifs musulmans. Ils sont normalement soumis aux jugements du tribunal du Saint-Office. Les procès contre les renégats sont donc parmi les sources les plus utilisées par les historiens qui étudient la conversion religieuse. Les Archives nationales de Madrid conservent plusieurs centaines de procès de l’Inquisition espagnole en Sicile. La conférence portera en particulier sur le procès tenu à Palerme en 1624 contre Aly rais de la Mer Noire, un corsaire musulman, renégat, dont l’identité chrétienne supposée est prouvée par le tribunal. Il s’agit de Francesco Guicciardo, originaire de Finale de Modène, capturé lorsqu’il était enfant et emmené à Tunis. Lors de sa captivité, il décida de « se faire turc ». Sa nouvelle identité religieuse lui permit de faire carrière dans la marine corsaire de la Régence.
Mercredi 22 février, de 15h à 17h en salle Paul-Albert Février
Le panthéon africain
La conversion est le système principal d’intégration de l’esclave. Elle était menée par des ordres religieux, des confréries et des maîtres soucieux d’évangéliser leurs propres esclaves. Deux cas seront analysés : celui d’Antoine l’Ethiopien (mort en 1549), corsaire, musulman, marié, capturé dans les premières décennies du XVIe siècle près d’Augusta, et celui de Benoît le Maure (1524-1589), né en Sicile et issu d’une famille d’esclaves christianisée originaire de l’Afrique sub-saharienne. Dans ces deux cas, l’adhésion à l’ordre franciscain est non seulement un moyen d’être affranchi, mais aussi le point de départ d’une histoire qui débouchera, pour Antoine, à la béatification, et pour Benoît, à la sainteté. Ils seront utilisés par les Franciscains comme des modèles de sainteté pour la conversion des esclaves africains en Europe et aux Amériques. Les sources utilisées sont les procès de canonisation de ces deux individus, conservés dans les archives vaticanes de la Sacra congregazione dei riti.
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 Giovanna Fiume, professeure d'histoire moderne à la faculté des sciences politiques de l’Université de Palerme, membre de la Société italienne des historiennes et de la direction des Quaderni Storici, est accueillie à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme dans le cadre de LabexMed. Elle présentera ses recherches sur les esclavages méditerranéens à l’époque moderne au cours de trois conférences le mercredi 15, le lundi 20 et le mercredi 22 février 2012.

Giovanna Fiume, Schiavitù mediterranee. Corsari, rinnegati e santi di età moderna,
Milano, Ed. Mandadori Bruno, 2009. |
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