Kömürcü, l’armée des enfants
Exposition d'octobre à décembre 2006
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Je ne suis jamais allé vers la Turquie. Elle est arrivée au moment le plus inattendu. De la Turquie je ne connaissais rien, mais de ses sommets arides j’ai ramené un grand sac d’interrogations. Elle m’a emporté jusqu’à son seuil. J’y suis resté, en attente, avec la certitude d’être face à une immensité qui me dépassait. C’était un aller simple. Ce voyage là, qui dure depuis sept ans, je le dois à Didier Binder, sur un coup de fil.
Kömürcü est une impasse, une impasse au milieu de l’immensité. Peut être la seule impasse d’Anatolie. Kömürcü c’est la misère, celle qui ne fait pas semblant et qui charrie des fagots de bois sur le dos des vieilles, celle qui fait mal et qui sonne exact. Dans les premières années j’étais un sujet d’amusement et de dédain. Aujourd’hui je suis « Dowic », un élément anodin du paysage.
Kömürcü c’est aussi les gamins. Une armée de sales gosses, insaisissables, insondables. J’ai grandi avec eux. Une armée en rangs, mal fringuée, à la française, avec ses galoches de plastique et ses lignes Maginot incertaines, ses règles et ses manières. Des enfants partout, gardiens de moutons. Des poupons-bergers, en nursery dans la laine des troupeaux. Cette impasse là, c’était tout ça, avec la certitude du doute en plus. Cette impasse là est un retour vers soi. Sales gosses, vieux gosses. La misère en partage.
Ludovic Slimak
Photographies : © Copyright Ludovic Slimak 2006